MACRON À LILLE VS LA GAUCHE RÉUNIE À PARIS : LE BILAN

Samedi 14 janvier à Lille, dans le Nord, le Zénith comptait entre 4000 et 5000 personnes venues applaudir Emmanuel Macron. Au même moment, à Paris, le MJS, le Mouvement des Jeunes Socialistes, organisait sa convention nationale… Qui n’a pas eu l’effet escompté. 

La salle du Zénith de Lille était pleine samedi soir. Des visages souriants, détendus, attendaient ce surprenant candidat qui trace son sillon : l’ancien Ministre de l’Économie Emmanuel Macron. Face au podium sur lequel étaient assis des sympathisants, nous avions à l’avant les invités, au milieu l’espace presse, derrière, en hauteur, les pro Macron. Et tout à droite, le carré VIP. En regardant ce coin de plus près, la vision de Jean-Paul Huchon (ayant troqué son écharpe rouge pour une écharpe bleue), du député PS Dominique Baert, de l’ex-ministre de Jacques Chirac Jean-Paul Delevoye et de Laurent Degallaix, député maire UDI de Valenciennes,  déclenchait un effet surprenant. Le tout en disait long sur le rassemblent que provoque l’effet Macron. « Et droite, et gauche », disaient-ils. Mais c’était plutôt ni franchement droite, ni clairement gauche.

L’ambiance était elle aussi parfumée de « ni-ni ». Ni survoltée, comme lors de ces meetings où le politique se prend pour une star planétaire, ni éteinte par le calme des trop sérieux. Étrange mélange qu’apporte la nouveauté… Les Français, las des « anciens », devront alors taire leur éternel cynisme lorsque cette même nouveauté amènera une atmosphère, une façon de faire, différentes de celles connues ces dernières années. Au premier rang toujours, Brigitte Macron, l’épouse du candidat, était radieuse. Le teint aussi étincelant que ses chaussures pailletées. Assis à côté, sa fille, elle, semblait très concentrée.

Retour dans les gradins. Les drapeaux français s’agitaient aux côtés de ceux de l’Union Européenne, traduisant un état d’esprit : celui de l’ouverture. Emmanuel Macron n’a pas manqué d’insister sur ce point. Évoquant un dialogue avec l’Iran, l’Arabie Saoudite, il a également prôné la diplomatie envers Poutine et Trump… Plutôt que le « coup de boule » proposé par un homme dans les tribunes.

Parmi les thèmes abordés par le candidat, les sujets touchant l’économie étaient évidemment du pain bénit. Supprimer le RSI, faire du chômage un « droit universel » baisser de dix points les charges patronales liées au SMIC, augmenter le salaire net, baisser de trois points les cotisations salariales en échange d’une hausse plus limitée de la CSG… Emmanuel Macron proposait tour à tour ses mesures, les coudes en avant, avec l’aisance de celui qui connaît le terrain. Concernant l’éducation, le cher Monsieur a promis de réduire de moitié le nombre d’élèves des 6 000 classes de CP et de CE1 dans les zones d’éducation prioritaires, de mieux rémunérer les enseignants, dans des établissements disposant de plus d’autonomie. Mais là où la foule, sensible aux hommages envers les grandes figures de la région (Charles De Gaulle, Pierre Mauroy ou encore Roger Salengro) se levait franchement pour le soutenir avec ferveur, c’était lorsque que le thème du FN était abordé. Un signe symptomatique des inquiétudes ressenties ici, dans les Hauts-de-France. Concernant ces adversaires-là, Macron, rappelant qu’il se trouvait sur des « terres de combat », a élevé la voix, se positionnant en rempart contre ce parti « europhobe ».

En partant, une seule conclusion sautait aux yeux : les imperfections de ce meeting – de l’organisation au discours, en passant par une envie timide, qui s’essouffle, sont finalement ce qui fait le charme d’Emmanuel Macron. À l’image de son sourire à diastèmes (et non parfaitement agencé comme celui d’autres hommes politiques trop lisses pour être vrais), il en ressort, après l’avoir observé, quelque chose de plus sincère, de plus vrai. Les mois prochains nous diront si nous avons eu raison. Ou non.

À Paris, le MJS s’époumone pour relancer un PS fatigué

Au même moment, à la Bellevilloise, une salle de concert située dans le XXème arrondissement de Paris, le MJS, le Mouvement des Jeunes Socialistes, lors de sa convention nationale, avait prévu un menu d’enfer : le grand oral des candidats aux primaires qui auront lieu le 22 et 29 janvier prochain. Ainsi, à quelques jours d’un scrutin qui peine toujours à susciter l’engouement des électeurs, Manuel Valls, Vincent Peillon, Francois de Rugy, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Jean-Luc Bennahmias étaient invités à performer pendant 30 minutes, pas une de plus. Grande absente à l’exercice : Sylvia Pinel, la candidate du PRG, aurait décliné l’invitation à la dernière minute. Le motif reste flou -une sombre querelle partisane serait à l’origine de ce désistement, selon un militant interrogé. Rien de très étonnant pour une gauche qui a souffert tout au long de sa gouvernance de ce type de dissensions. Du côté de l’auditoire, (dont on regrettera une nouvelle fois l’absence de couleurs), les écuries de chaque champion manquaient particulièrement d’enthousiasme. Une seule proposition a fait particulièrement mouche, celle de Benoît Hamon, qui propose d’instaurer « un revenu universel d’existence » s’il arrive au pouvoir.

Emmanuel Macron à Lille, le PS réuni dans le XXème, on peut dire qu’hier, un candidat sans parti mettait KO sept autres, censés représenter une gauche unie.

Texte : Pegah Hosseini et Ulrich Obaonrin

Photo : João Bolan

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