LE TEMPS DE L’IMPUNITÉ EST TERMINÉ

Il y a des semaines comme ça où l’on espère qu’un ex Premier ministre, lorsqu’il s’est fait épingler pour des soupçons d’emplois fictifs, des fonds détournés au Sénat et des conflits d’intérêts, s’excuse platement avant de se retirer discrètement. Mais François Fillon, qui a -prenez une grande inspiration- :

  • embauché sa femme Penelope comme assistante parlementaire de 1988 à 2013, pour une rémunération totale de plus de 800 000 euros, ainsi que ses deux enfants au même poste de 2005 et 2007, pour un salaire d’étudiant de 57084 euros,
  • touché au Sénat 21 000 euros étalés sur sept chèques, selon Mediapart (des parlementaires reversaient à leur groupe la part non dépensée de leurs enveloppes destinées à rémunérer leurs assistants. Entre 2003 et 2014, cet argent a été directement donné à des sénateurs, parmi lesquels François Fillon),
  • perçu 750 000 euros entre 2012 et 2015 en tant que fondateur du cabinet de conseil « 2F Conseil », où de fortes suspicions émanent de la corrélation entre ses activités privées et la conduite des affaires publiques (parmi ses clients connus, l’assureur Axa, dont l’ancien patron a soutenu François Fillon, a versé à cette société 200 000 euros entre mi-2012 et mi-2014),
  • et dont la femme, toujours, a également perçu 100 000 euros en 2012 et 2013, en qualité de journaliste à la « La Revue des deux mondes » (un magazine appartenant à un ami de la famille, Marc Ladreit de Lacharrière).

Ce François Fillon là n’a rien trouvé de mieux à faire que d’organiser une conférence de presse, lundi 6 février, pour se disculper gentiment tout en promettant de maintenir sa candidature aux élections présidentielles du pays.

On aimerait aussi que lorsque survient un tonique contrôle d’identité qui « aurait dénégéré en viol », les quatre policiers soupçonnés d’avoir interpellé avec violence un jeune homme de 22 ans à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, soient mis en examen pour violences volontaires en réunion et viol pour l’un d’entre eux, punis, avant d’aller exercer un autre métier. La raison est une arme plus pénétrante que le fer, pensait le poète grec Philonide. On pourrait aussi espérer que la formation policière apporte le sens du contrôle de ses émotions… Plutôt que l’envie sanguine de contrôler des énergumènes parfois incontrôlables. Or la police des polices en a décidé autrement : les premières conclusions de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) ont retenu « le caractère non intentionnel » du geste (qui a entraîné une une section du sphincter anal et d’une lésion du canal anal de dix centimètres de profondeur).

À l’étranger, le nouveau dirigeant des USA Donald Trump n’a pas chômé : dès le premier jour de sa présidence, il a signé un décret réclamant à son administration d’utiliser toutes les marges de manœuvre possibles pour ne pas appliquer l’« Obamacare ». Cette loi, l’Affordable Care Act de son vrai nom, promulguée le 30 mars 2010 avant d’entrer en vigueur le 1er janvier 2014, oblige l’ensemble des Américains à s’assurer sous peine de payer une taxe proportionnelle à leur revenu, plafonnée à 2.570 dollars par personne. En contrepartie, des aides ont été fournies aux ménages peu aisées (9,4 millions de bénéficiaires, pour une aide moyenne de 291 dollars par mois en 2016). Mais le milliardaire, qui avait promis à la place la création d’un « merveilleux » système de santé, a semble-t-il réalisé que ce sabotage était plus compliqué que prévu.

En Israël, la légalisation par la Knesset de l’expropriation de terres privées palestiniennes au profit de colons israéliens concrétise l’abandon de l’idée même d’un Etat palestinien. Un texte que l’avocat Michael Sfard, très engagé auprès de plusieurs ONG israéliennes, qualifie d’« extrêmement grave et important », qui « porte atteinte aux principes fondamentaux que sont l’égalité, la dignité ou encore le droit à la propriété » avant de préciser que « les victimes de cette loi ne sont pas des Israéliens et ne votent pas pour élire les députés. C’est la chose la plus antidémocratique qu’on puisse imaginer, c’est un trait de régime autocratique qui mérite une censure constitutionnelle ».

On pourrait donc penser que l’impunité et l’immunité ont encore de beaux jours devant elles en France et dans le monde… Mais c’est avant de se rappeler que des révolutions ont eu lieu dans l’Histoire et que des têtes sont tombées. Ç’en est assez. Le temps de l’impunité est terminé.

Pegah Hosseini

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