DES POLITIQUES SANS VISION, DES ACTES SANS CONSÉQUENCES

Cette semaine, nous avons pu constater que de la politique anti-immigration du Président Donald Trump avait ses limites. Le nouveau décret migratoire, qui a pour objectif de geler provisoirement l’accès au territoire américain aux ressortissants de cinq pays d’Afrique et du Moyen-Orient (Iran, Libye, Somalie, Soudan et Yémen et durablement pour ceux de Syrie) a vu son premier cas de conscience arriver. En effet, un musulman sunnite ayant fui la Syrie en 2014 afin d’échapper à une « mort quasi-certaine » (selon les documents adressés au tribunal), a trouvé refuge aux États-Unis. Il a ensuite déposé une demande d’asile pour sa femme et leur fille, restées à Alep. La procédure, qui allait en sa faveur, a été stoppée par ces directives anti-immigration. L’homme a saisi la justice en conservant son anonymat et a réussi à convaincre le juge William Conley, qui siège à Madison, dans l’État du Wisconsin, de prendre une injonction de suspension temporaire du décret, en attendant un débat ultérieur en profondeur. Un joli camouflet pour une vision si étriquée. Plus de 130 anciens responsables et experts américains en politique étrangère dénoncent d’ailleurs dans une lettre ce décret qui « affaiblit le pays ». « Accueillir les réfugiés et voyageurs musulmans met au jour les mensonges des terroristes et contrecarre leur vision faussée », estiment les signataires.

En France, les actes demeurent sans conséquences : dans une interview donné aux Échos, le candidat LR François Fillon déclare ne pas avoir beaucoup d’illusions sur son éventuelle mise en examen, à trois jours de sa convocation devant les juges dans l’enquête sur les emplois fictifs présumés dont aurait bénéficié sa famille. « Mais je suis convaincu que mon innocence sera reconnue in fine », ajoute-t-il dans cette interview à paraître demain et disponible dès ce dimanche sur le site internet du quotidien économique. « Il est inimaginable que la manière dont l’instruction a été conduite aboutisse, de fait, à priver la famille politique que je représente de la possibilité d’avoir un candidat à l’élection présidentielle », souligne cet homme, dont nous avons appris qu’il porte des costumes sur mesure de plusieurs milliers d’euros et se les serait fait offrir par un « ami généreux ». Depuis 2012, il aurait ainsi acquis pour près de 48.500 euros de vêtements, dont certains offerts par des tiers. Au total, 35.500 euros auraient été réglés en espèces.

Toujours en France, une autre affaire, tout aussi grave et tout aussi sans conséquences, s’inscrit dans une continuité de prendre les citoyens pour des imbéciles : la justice a classé sans suite l’enquête sur le député écologiste Denis Baupin, au cœur d’un scandale d’agressions et de harcèlement sexuels présumés. Près d’un an après les révélations de Mediapart et France Inter, le parquet de Paris a pourtant considéré lundi que si certains faits étaient « susceptibles d’être qualifiés pénalement (…) ils sont cependant prescrits ». Les quatre femmes qui avaient dénoncé les agissements du député en 2016 se sont félicitées de la décision du parquet, lors d’une conférence de presse improvisée dans un café. Sans gêne, Denis Baupin a annoncé vouloir porter plainte contre elles.

Jeudi, Donald Tusk a été réélu président du Conseil européen au cours d’un sommet des Vingt-Huit censé forger l’unité de l’UE après le Brexit. Ancien premier ministre libéral polonais, il occupe depuis la fin de l’année 2014 ce poste-clé, dont le rôle est de coordonner les sommets réguliers réunissant les chefs d’Etat ou de gouvernement pour fixer les priorités politiques de l’Union européenne. Une reconduction qui n’a pas plu au sein de son pays natal : le chef de la diplomatie polonais, Witold Waszczykowski, a prévenu que la Pologne répliquerait à ce vote « en jouant un jeu très dur » au sein de l’Union Européenne.

Fort heureusement, il y a encore des espaces où les actes ne restent pas sans conséquences : sur Twitter, la caricature d’Emmanuel Macron par Les Républicains – qui ont jugé drôle de le représenter avec un nez crochu, un cigare, un chapeau haut de forme et une faucille à la main (soit les codes iconographiques reprenant ceux de la propagande antisémite des années 1930) a trouvé un bel écho : le directeur de la communication du parti Les Républicains devrait subir un entretien disciplinaire. Des sanctions internes ont même été demandées.

Pegah Hosseini

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