LE MARKETING SELON BAK BAK DE OUF

L’histoire raconte que sa pizzeria a réussi à se démarquer des autres, grâce à une stratégie de com’ qui n’a d’autres ingrédients que de la bonne humeur balancée sur les réseaux sociaux. Qui a dit que des milliers d’euros étaient nécessaires au marketing ?

*ARGOT : Bakary, merci de nous accueillir aujourd’hui dans ton restaurant Pizza de Ouf situé à la Goutte d’Or. On te connaît sous le surnom « Bak Bak de Ouf ». Peux-tu te présenter rapidement ?

Je m’appelle Bakary Kebe, j’ai 36 ans. Je suis en France depuis l’âge de 3 ans ce qui veut dire que j’ai fait toute ma scolarité ici. J’ai grandi à Aubervilliers et je suis né Kayes (grande ville située à 495 km de Bamako au Mali).

Quel est ton parcours en France ?

Disons que ça s’est passé normalement. À l’école, je n’étais pas le meilleur élève, mais quand je voulais, je pouvais. Avant de me lancer dans la pizza, j’ai tout fait, comme tout le monde. J’ai bossé à la poste, j’ai fait livreur pour un fleuriste à Neuilly-sur-Seine …

Quel a été l’élément déclencheur pour lancer Pizza de Ouf ?

Ça m’est arrivé d’un coup en tête. Ce n’était pas du tout dans mes projets ! Je ne travaillais plus à la livraison de fleurs à Neuilly, je suis passé par le chômage, etc. De débrouille en débrouille, j’ai créé des t-shirts avec les inscriptions « De Ouf ». Le délire « De Ouf » est arrivé parce que je postais régulièrement des vidéos de tout et n’importe quoi sur les réseaux sociaux. « De Ouf », c’était un tic de langage, je le disais non-stop sans le vouloir. Les gens ne retenaient que ça de moi et commençaient à le dire aussi. Je me suis dit : « pourquoi ne pas faire des t-shirts ?! » J’en ai parlé autour de moi, un pote m’a dit « t’es un ouf », un autre m’a dit « t’es un ouf » et le troisième m’a dit « fais-le ! ». J’ai écouté mon cœur et je me suis lancé.

Quand t’as lancé tes premiers t-shirts, quel accueil as-tu reçu ?

Avant que ça soit lancé, j’ai fait de la promo de ouf. En août 2015, je suis parti chez un mec, Brahim, qui fait de l’impression de t-shirts. Il m’a mis en garde sur le fait qu’on était nombreux à vouloir lancer des marques. Ça ne m’a pas dissuadé. Les cents premiers t-shirts sont partis en une semaine. La semaine suivante, j’en ai commandé deux cents : même chose. Après ça a décollé.

Dans la suite de l’aventure « De Ouf », y’a eu quelle(s) étape(s) entre les t-shirts et les pizzas?

L’ancien gérant du restaurant ici était un bon ami à moi. Quand j’ai compris qu’il voulait se débarrasser de l’endroit, je me suis dit « pourquoi pas moi ? »  La pizzeria a ouvert en septembre 2015. Le fait d’être suivi par pas mal de monde, ça m’a permis d’avoir confiance en moi, tout comme j’avais confiance en eux.

Aujourd’hui, tu as une communication très professionnelle. 18700 followers sur Facebook, 14600 sur Instagram. Quel est ton secret ?

Je n’ai pas secret. Dès que j’ai envie de faire quelque chose, j’y vais au feeling. Y’a pas de calcul ! Je poste des dédicaces de potes à moi, de gens connus comme Gradur, MHD, Jul. Y’a des gens des quatre coins de la France qui sont venus manger ici quand ça a ouvert. Même au-delà des frontières. C’est tout ça qui te donne de la force !

Si t’avais un petit frère qui veut lancer son business, tu lui donnerais quel conseil ?

Ne baisse pas les bras ! Garde confiance en toi.

Est-ce que tu as des projets d’avenir ?

J’espère pouvoir ouvrir plusieurs pizzerias. Pourquoi pas une franchise? Histoire de m’installer dans la durée. J’aimerais beaucoup développer « Pizza de Ouf » à Bamako. Ça permettrait de donner de l’emploi au pays aussi.

Pour finir, si tu pouvais partager une de tes pizzas avec une personne vivante ou morte, t’inviterais qui ?

Mon frère Djibril, il a vu les t-shirts, mais il n’a pas vu la suite.

Texte : Abiola Ulrich OBAONRIN

Photos : Joao BOLAN