LE NERF DE LA GUERRE (2/4) : LA COURSE AUX SALAIRES

Depuis le début du conflit entre les séparatistes russes et les forces armées ukrainiennes, le marché du travail de l’Est ukrainien est complètement chamboulé. En 2017, le Parlement ukrainien a signé la « loi sur le budget de l’état » en portant le salaire minimum à 3200 hryvnias soit 116€ (anciennement 1200 hryvnias soit 40€).

De l’autre côté, dans la république populaire de Donetsk (RPD), les revenus tels que les pensions et autres transactions monétaires sont payées en roubles russes depuis 2015.  Selon les statistiques de l’agence de l’emploi de la RPD, le salaire varie entre 2500 et 50000 roubles (36 à 723 euros). En 2017, à titre d’exemple, le salaire d’un médecin en territoire occupé équivalait à 3700 roubles par mois soit environ 53€.

Les plus gros salaires sont versés aux soldats qui combattent des deux côtés de la ligne de front : le soldat en bas de l’échelle recevra 15000 roubles soit 217 euros, tandis que le colonel ou le militaire le plus haut gradé recevra 50000 roubles (723 euros). Un soldat ukrainien surveillant le poste-frontière recevra 7000 hryvnias (224 euros), tandis qu’un soldat combattant sur la ligne de front obtiendra 15000 hryvnias (480 euros). Il faut parfois ajouter à cela une promotion pour les trophées de guerre. Si un soldat ukrainien abat un tank ennemi, il reçoit un avantage financier de la part du Ministère de la Défense.

Soldats ukrainiens au poste-frontière d’Avdiivka.

Beaucoup de civils habitant la région de Donetsk vont travailler en Russie où les salaires sont bien plus avantageux qu’en Ukraine. Par exemple, le salaire moyen d’un médecin exerçant en Russie s’élèvera à 50000 roubles soit 723 euros. En Ukraine, ce même médecin ne gagnera que 5000 hryvnias soit 160 euros. En février 2017, le président russe Vladimir Poutine a déclaré reconnaître les documents administratifs relatifs aux républiques populaires de Donetsk et Lugansk : les passeports et les diplômes facilitant le travail des civils en Russie.

Dans un autre registre, l’aide humanitaire est probablement le secteur qui s’est le plus développé depuis les débuts du conflit. Des organisations internationales fournissent de l’aide humanitaire dans l’est de l’Ukraine aux civils installés des deux côtés du conflit.

La majorité d’entre elles sont installées sur les territoires contrôlés par le gouvernement ukrainien et sont interdites d’accès par les autorités des républiques populaires autoproclamées de Donetsk et Lugansk. Les seules ONG tolérées sur les territoires occupés sont le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe et le Comité international de la Croix-Rouge.

Paquets humanitaires apporté par la Croix-rouge aux civils de Kievski, un village au nord de Donetsk, près de la ligne de front.

Malgré le taux de chômage, le niveau élevé des prix, les bombardements, beaucoup de citoyens privilégient toujours les territoires occupés, car les loyers et les factures d’électricité y restent moins importants.  Un grand nombre de civils sans abris dont les maisons sont très fortement endommagées, doivent choisir de louer soit en territoire occupé soit en Ukraine. Le prix de location moyen en RPD est de 4000 roubles (62 euros) pour un appartement une chambre tandis qu’en Ukraine le loyer est aux alentours de 3000 hryvnias soit 100 euros sans les charges, en sachant que le prix du gaz augmente cruellement en atteignant presque un demi-loyer soit 50€.

Le taux de chômage est tellement élevé, qu’il empêche parfois les habitants de l’est de l’Ukraine de pouvoir s’offrir le moyen de quitter leur dangereux foyer.

Les personnes âgées vivant à l’est de l’Ukraine sont les plus vulnérables (voir notre premier chapitre « Nouvelles frontières »). Ils demeurent dans l’incapacité de toucher leur pension de retraite de l’Ukraine et sont dépendants des revenus versés par la RPD soit 2600 roubles (40 euros). Ces personnes âgées qui ont perdu leur maison sont parfois relogées dans des dortoirs pour déplacés ou restent simplement dans les sous-sols de leur maison détruite. Beaucoup d’entre eux survivent grâce aux paquets alimentaires délivrés par la Croix-Rouge. De plus, les gens qui continuent à vivre sur la ligne de front n’ont plus aucun moyen de cuisiner incluant électricité, gaz et eau, et ce depuis 2014.

Texte : João Bolan et Sandra Alek

Photos : João Bolan

Traduction : Fanny Joachim

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