LES ALCHIMISTES : ABDELLAH BOUDOUR, FONDATEUR DE FORCE DES MIXITÉS.

Dans son célèbre roman « L’alchimiste », Paulo Coelho écrivait « si vous écoutez votre cœur, vous savez précisément ce que vous avez à faire sur terre. » L’équipe d’Argot consacre quelques unes de ses lignes aux leaders associatifs de demain. Ces femmes et ces hommes qui ont pris la décision de s’engager dans les quartiers.

Il est 15 heures, Allée de la Haie Normande à Argenteuil lorsque nous rencontrons Abdellah Boudour. Le trentenaire réputé pour son hyperactivité sociale a grandi dans cette « zone à urbaniser en priorité ». L’interview commence, ponctuée par un nombre incalculable de salutations, à l’image de sa popularité.

Solidaire de père en fils 

Né au Val d’Argenteuil le 11 juillet 1985, Abdellah connaît les moindres recoins de son quartier. « Mon école maternelle, mon école primaire, mon collège, tout était en face de chez moi. Je descendais, je devais juste traverser la rue. » Contrairement à la majorité de ses amis, Abdellah fait partie des enfants de la 2e génération d’immigrés. Sa mère, assistante de direction, est ch’tit et son père, chauffeur poids lourd, est parisien. « Avec ma sœur, on a été élevé sur le même pied d’égalité. Mon père n’a pas voulu nous transmettre ce que je voyais parfois chez mes potes : femme à la maison. » En dehors de son travail, le père d’Abdellah œuvre bénévolement pour les jeunes du quartier. « Il les emmenait à la mer, organisait des tournois de football. Pour le même prix, il pouvait décider de rester chez lui. » 

« Je suis fier de toi »

C’est en écho à son éducation et à l’engagement perpétuel de son père que Abdellah s’engage pour la première fois à l’âge de 20 ans. Sa première action cherche à sensibiliser contre les violences faites aux femmes. Son association Force des Mixités voit alors le jour en 2005. « C’est parti d’un constat : dans les années 90, tout était sectaire. Chaque cité était renfermée sur elle-même. »

Avec un groupe d’amis qui partagent ses envies, il commence à organiser des tournois de football pour les jeunes du quartier qui n’ont pas la chance de partir en vacances durant l’été. S’ensuit alors une multitude d’actions sociales : de l’aide aux devoirs, des collectes de fournitures scolaires ou de denrées alimentaires. « Je me souviens d’un jour où j’avais organisé une action. Je suis rentré chez moi, exténué et je suis directement allé me coucher. Peu avant que je m’endorme, mon père a entrouvert la porte de ma chambre et il m’a dit “je suis fier de toi”. Tu vois même si je n’ai pas fait de grandes études, il est content de ce que je fais. »

La dictée des cités

Dès le début de son engagement associatif et social, Abdellah dit fonctionner à l’instinct. « Depuis tout petit, je passe sur la Dalle d’Argenteuil en me disant que j’ai envie d’y faire quelque chose. C’est comme ça que m’est venue l’idée de “la dictée des cités”. Cette action-là, c’est ma plus grande fierté. » Le rappeur Mac Tyer lui conseille alors de lire Rachid Santaki et parle de les mettre en contact. Le premier événement voit le jour un soir d’août 2013. « J’ai sous-estimé mon quartier. On avait sorti 40 chaises, ils étaient 250. Les gens étaient assis partout : sur les escaliers, par terre… » De Strasbourg à Lille en passant par Marseille, le projet itinérant s’agrandit d’édition en édition. « La plus grosse dictée c’était le 30 mai 2015 à Saint-Denis, elle a rassemblé 1000 personnes. »

Insatiable, Abdellah continue et lance en 2015 un quizz intitulé « La France en questions ». « À chaque fois qu’on organisait une dictée, on choisissait un texte en lien avec un auteur qui était passé dans la ville, avec le nom de la cité ou d’une rue aux alentours. Beaucoup de participants ne connaissaient pas leurs histoires. Le quizz c’est moins sérieux et ça ne fait pas fuir les gens qui sont allergiques à l’école, contrairement à la dictée. »

Dans le futur, Abdellah désire pouvoir entreprendre au-delà de l’associatif « et pourquoi pas exporter les projets à l’international. »

Photos : João BOLAN

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