PAIE TON BAC+5

Bientôt 30 ans, bac+5, journaliste, 6 ans d’expérience et la galère comme partenaire. Pour boucler mes fins de mois, j’ai entrepris pas mal de choses. Pourtant on m’avait prévenu que faire des études et se lancer dans le journalisme serait précaire … Mais à ce point, vraiment ?

Entre privilégier une branche qui recrute pour gagner des tunes ou avoir de l’audace (on en arrive là) de faire des études plus ou moins longues pour exercer un métier que l’on a choisi et qui nous fait rêver, et bien j’ai choisi la deuxième option. Erreur ?

Diplôme en poche avec mention, j’ai eu la chance de commencer rapidement en tant que pigiste dans une grande maison de radio. Mais les piges ne suffisent pas. Alors, j’ai suivi le premier conseil que l’on m’a donné : aller m’inscrire au RSA. Bac+5, au RSA. Tout ça pour ça ?

Pour autant, faut garder la tête froide et garder à l’esprit que ce n’est que passager. Tu parles. Aujourd’hui, j’accepte des missions d’hôtesse d’accueil, quand je ne suis pas à la télé ou à la radio. Je suis contrainte de faire ce boulot alimentaire pour pouvoir rembourser mon prêt étudiant. Un prêt qui a payé mon école de journalisme. Cherchez l’erreur.

Des profils comme le mien, j’en connais. Génération BAC+5 en galère, en veux-tu, en voilà.

Sarah, par exemple, brillante étudiante diplômée en journalisme, à la recherche d’un emploi pendant 2 ans et aujourd’hui institutrice. « Ça devenait désespérant. J’en suis arrivée à être dégoûtée de la profession. J’ai enchaîné les entretiens, pour rien au final. Après des mois de réflexion sur mon avenir, j’ai décidé de devenir enseignante. Je reste dans la transmission de savoir, le partage, et j’ai la sécurité de l’emploi… la reconversion professionnelle me semblait être la meilleure issue, et j’ai bien fait. »

Quand je discute avec des potes qui ont fait moins d’études et ont un boulot stable aujourd’hui et bien payé, j’ai l’impression d’avoir loupé un épisode. « Change de boulot. Monitrice d’auto-école ça paie bien ça ! »

J’écris ce papier et je pense à Sami 27 ans, un voisin de quartier qui me confiait avoir « lâché l’affaire » avec son diplôme en marketing. « Il n’y a pas de boulot ! C’est saturé. En ce moment je bosse dans un centre de tri de chèques vacances, ça dépanne et ça me fait oublier surtout ces mois de galères et de chômage. Bien sûr que j’ai la rage, j’ai fait des études, je me suis battu, et aujourd’hui je suis dans la galère ».

L’amertume résume aussi le sentiment de Lucile, 26 ans, master de droit, spécialisée dans le droit international et droits de l’homme. « Après mes études, j’ai cherché du boulot, mais je n’avais pas assez d’expérience pour les recruteurs. La solution était de trouver un stage. Le problème c’est que je ne pouvais plus être conventionnée par mon université, j’ai donc décidé de faire un stage aux Pays-Bas, où par la suite j’ai été embauchée. Aujourd’hui, je souhaite rentrer en France, mais je ne trouve pas de boulot. Un recruteur m’a même dit que j’étais surqualifiée. Le comble ! »

Quand je lui demande si elle regrette son parcours universitaire, la réponse est toute faite. « Si c’était à refaire, je ferais autrement, et choisirais des études avec un métier au bout. On ne s’est pas amusé durant nos cinq ans d’études. Aller à la bibliothèque, réviser, stresser pendant les exams, finalement ce n’est rien à côté de ce qu’on vit après la Fac. On pense que ce sera moins galère une fois le diplôme en poche. En réalité c’est pire ».

« Faites des études pour réussir » une publicité quelque peu mensongère de nos jours. « On se demande à quoi ça nous sert parfois », m’avoue Eddie, master en poche, diplômé d’une école de commerce. BAC STG option comptabilité, DUT Technique de commercialisation puis école de commerce, un beau parcours et pourtant… Eddie est toujours au chômage depuis sa sortie d’école. « J’ai fait le parcours qu’il faut pour être acheteur. Le souci c’est que j’ai été responsable rayon dans une grande enseigne pendant mon alternance. Pour les recruteurs, je n’ai donc pas le profil acheteur, et pourtant, j’ai été formé pour ça. » Nous sommes dans le même bateau, lui aussi a fait un prêt étudiant, qu’il doit rembourser aujourd’hui. « Je suis au chômage depuis 4 mois. Il y a des offres dans mon secteur, mais le problème c’est qu’on demande des acheteurs très spécialisés. En gros, on veut un jeune diplômé, avec cinq ans d’expérience. C’est complètement incohérent et surtout impossible ».

À ce rythme-là, c’est donc le marché du travail qui choisira nos études. On arrête de rêver dans ce cas ? Fini le plein emploi du temps de nos parents. Les temps changent. Vite. Trop vite.

Bosser en tant qu’hôtesse d’accueil ça peut sembler régressif pour certains, mais je vois ça autrement. S’en sortir, bosser, ne pas lâcher l’affaire, persister et continuer de rêver. Journaliste c’est mon métier, je l’ai choisi et peu importe l’état de santé du marché du travail, je m’accroche. Par fierté souvent, par amour parfois, mais surtout par envie.

 

Illustrations : EE Comics

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