BIZON, GARDIEN DU TEMPS ET DES GANTS

On nous avait mis en garde, on l’avait lu : « Les Tarterets ? Faites attention. » Pourtant lorsque le soleil se couche et que vous traversez la cité, il n’y a pas grand monde. Au détour d’une rue, un gardien affalé sur une chaise écoute Davido sur son smartphone. Sur la place, à proximité du snack « Chez Azzouz », un homme âgé se familiarise avec la vidéoconférence. Les voitures affluent au centre commercial et en face de la mosquée, des jeunes se pressent vers le Gymnase des Hauts Tarterêts.

Dans la salle principale, la voix de l’entraîneur résonne au rythme du compteur. Une fois la porte poussée, on aperçoit Bizon, impressionnant par sa présence et sa carrure. Son surnom rappelle le personnage de la série Street fighter, synonyme de force et d’autorité. Corde à sauter, gainage, shadow… Ses élèves apprentis boxeurs, filles et garçons rassemblés, exécutent les consignes de façon disciplinée. Un jeune homme débarque en retard et a droit à la réprimande « Désolé ! Je viens seulement de sortir du travail. »

Un trio de mamans assiste au cours sur un banc, sermonne leurs enfants si nécessaire. L’une d’entre elles finit par partir « Bizon se charge de ramener ma fille ». Il faut dire que l’homme est incontournable dans la vie du quartier. Éducateur le jour, entraîneur le soir, videur la nuit, rappeur à ses heures perdues. Son temps est socialement bien occupé et les résultats sont visibles. « À l’époque, on avait le potentiel, mais pas les clés. Aujourd’hui, on essaye d’être les modèles qu’il nous manquait. »

« Assurance et calme intérieur » sont les ingrédients principaux de la recette de Bizon à destination de la jeunesse qui foule le sol de la salle plusieurs soirs par semaine. « Que ce soit les filles ou les mecs, ils ne te le diront pas, mais je sais que ça leur donne de la confiance, d’abord dans le quartier et également dans la société. Après, ça leur permet d’être plus posés. Toute façon, si un jeune utilise sa force pour l’attaque et non pour la défense en dehors des entraînements, il sera viré du club ».

Lorsque sonne l’heure du salut et de raccrocher les gants, le coach encourage les sportifs à le rejoindre le samedi au Palais des Sports de Corbeil-Essonnes. Pas le temps pour la jeunesse de s’embêter. Là-bas, la salle permettra probablement d’avoir des sacs de frappes, un ring, l’équipement nécessaire pour s’entraîner en bon et due forme. « Si on nous aidait ne serait-ce qu’un peu plus, on pourrait déjà doubler les adhérents. » Samedi, Bizon aura travaillé jusque 6 h du matin à une porte de boîte de nuit sur les Champs-Élysées, mais qu’importe « On est aussi là pour servir de tremplin aux talents. » 

Photos : Joao Bolan

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