MACRON ET LES QUARTIERS : DEUXIÈME TENTATIVE…

Ce n’est pas en terrain conquis qu’Emmanuel Macron a débuté ce lundi son déplacement consacré à la politique de la ville. Les annonces du gouvernement depuis l’été (la suppression de 46,5 millions d’euros des crédits alloués à la politique de la ville, la baisse de l’APL, la réduction du nombre de contrats aidés…) avaient désenchanté les 1514 quartiers concernés et leurs habitants. Pour la région Île-de-France, 272 quartiers sont visés soit 21 % des quartiers de la politique de la ville la de la France métropolitaine.

Après Clichy-Sous-Bois lundi, c’est à Tourcoing que le président de la République s’est notamment engagé envers l’emploi avec le retour des emplois francs à compter du « 1er janvier prochain » dans certains quartiers comme Angers, Marseille, Tourcoing, Roubaix et en Île-de-France (Seine-Saint-Denis, l’agglomération de Cergy, de Val-de-France et le territoire Grand Paris Sud).

Nous avons sélectionné une série de mesures qui concernent les quartiers populaires et banlieues.

Le budget

Emmanuel Macron a déclaré que « personne ne perdra, dans les communes concernées par la politique de la Ville, le moindre crédit sur 2018 ». Et de promettre « un maintien de tous les engagements ».

Les emplois francs (le retour)

Un intitulé qui n’annonce rien de neuf sous le soleil excepté qu’il a subi quelques modifications. « On a mis trop de règles, trop de contraintes. Cela n’a pas coûté cher, car peu de gens étaient éligibles », a souligné le chef de l’État. Pour 2018, le budget est de 180 millions d’euros soit environ 10 000 emplois francs. L’aide est allouée aux entreprises qui embauchent des jeunes issus de quartiers dits « prioritaires ». Les primes sont à hauteur de 5000 euros par an pendant trois ans pour les recrutements en CDI, et de 2500 euros par an pendant deux ans pour les CDD.

Contrats aidés (le départ) 

« Que ceux qui les défendent les prennent ! Ils n’en voudraient pas pour eux-mêmes ! » Visiblement excédé, Emmanuel Macron tient le cap annoncé au mois de septembre. 200 000 contrats sont prévus dans le budget 2018 (exclusivement dans le secteur non marchand) contre 280.000 en 2017, et 459 000 en 2016. Dans le milieu associatif, amateur de ce type de contrat, on s’inquiète des difficultés que pourrait représenter cette mesure.

« Name and shame »

Dans une logique de lutte contre les discriminations, le président de la République souhaite mettre en place des « enquêtes spécifiques de l’inspection du travail ». Le principe de ce « testing » ? Envoyer deux CV identiques en faisant varier les critères généralement discriminés : âge, sexe, patronyme, adresse. Le nom des entreprises concernées par ces pratiques discriminatoires serait alors publié.

La sécurité

Le président annonce la mise en place d’une police de sécurité du quotidien pour pallier la suppression de la police de proximité. « Depuis la disparition de la police de proximité, nous avions perdu cette capacité d’avoir une autre forme de présence policière qui rassure nos concitoyens et qui fait aussi que la relation entre la population et nos forces de police n’est plus la même. ». Emmanuel Macron s’engage également à ce que les deux tiers des 10 000 d’emplois de policiers et de gendarmes prévus sur le quinquennat soient créés dans les deux prochaines années.

Du côté de l’opposition, on reste évidemment perplexe quant à ces diverses mesures. En septembre dernier, six associations d’élus communaux dénonçaient la réduction des emplois aidés. François Baroin, président de l’association des maires de France, s’exprimait déjà dans les colonnes du Monde à ce sujet. « L’affaire des emplois aidés est en train de mettre à feu la totalité des communes. Les remontées sont trop fortes, ce n’est pas tenable. » Plus récemment, Clémentine Autain de la France Insoumise, députée de la 11e circonscription de Seine-Saint-Denis, tirait la sonnette d’alarme sur Twitter concernant un autre sujet. « Les budgets des villes ne permettront plus, à terme, de financer les services publics qui ferment déjà les uns après les autres. »

Des préoccupations qui semblent justifiées lorsque l’on sait que depuis 40 ans, les différentes politiques de la ville se succèdent et se ressemblent. L’avenir nous dira si toutes les intentions d’Emmanuel Macron iront paver l’enfer, ou non.

Photos : João Bolan

Ecrit par
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