MYRIAM MAXO, « LA DOUCEUR AVEC PANACHE »

Penchée à sa fenêtre dans le froid du mois de décembre, la lumineuse Myriam Maxo nous invite à entrer. Chez elle, nos yeux ne savent plus où se poser. Des journaux internationaux recouvrent les murs en souvenir de ses voyages. Au sol, un chat tigré gris épouse les ondes du tapis en wax noir et blanc. Une bibliothèque flirte avec le plafond et laisse apparaître un livre en écho à ses origines guadeloupéennes.

C’est autour d’une tasse de café — ramené de Turquie par une de ses copines — que l’interview peut débuter. « Myriam Maxo, 37 ans, architecte d’intérieur, designer ». La jeune femme, élevée à Garges-lès-Gonesse par une famille « de sang » guadeloupéenne et martiniquaise, connaît aussi une famille « de cœur » mauritanienne. « Le fait de venir de quartiers populaires ça a une influence incroyable sur mon parcours. Quand tu viens d’ici, t’as tellement de bâtons dans les roues que c’est inné de te relever quand tu tombes. »

Revenue à Paris il y a 10 ans, après un détour par la case « études » au London College of Communication, elle décide en 2011 de lancer sa marque autour de l’ourson, le « DD ». Avant le grand saut, il y a eu les ingrédients qu’on ne présente plus : la débrouille et un déclic. Agente d’escale à l’aéroport, Myriam ne supporte pas le formatage imposé. À l’opposé du dress code strict, elle aime son afro et son look affirmé. « Je me suis rendue compte que c’était le moment d’être libre, avant que le système ne m’écrase complètement. »

Le doudou voit le jour grâce à deux influences de poids pour Myriam. « L’idée est d’abord venue de la culture du « hug » en Angleterre. Quand je suis revenue à Paris, je trouvais qu’il n’y avait pas assez de chaleur, de partage. Les gens ont même peur de se toucher. C’était un moyen de retrouver des repères interdits pour les adultes qui n’ont “plus le droit” d’être des enfants. » Pour habiller cet objet devenu social, l’architecte fait appel à ces souvenirs mauritaniens. « J’avais envie de refléter la chaleur du tissu africain, la teranga comme on dit (hospitalité en wolof), l’amener dans les foyers et donner aussi accès aux gens qui ne connaissent pas du tout la culture. » Un pari réussi puisqu’aujourd’hui, le doudou devient un outil de transmission culturelle. « J’ai pas mal de clients qui ont des enfants métisses et qui trouvent à travers l’ourson un moyen de créer du lien. »

On sent le sujet des identités multiples cher au grand cœur de Myriam. « Je n’ai pas grandi aux Antilles. Mais maintenant que j’y suis tous les deux mois, je me rends compte de ce que j’ai laissé de côté. Quand tu redécouvres ce côté-là, c’est l’épanouissement total. » Amoureuse de la vie et des gens, Myriam Maxo met un point d’honneur à l’unicité dans son œuvre. « Il y a suffisamment de couleurs et de motifs qu’il y a de personnalités, c’est pour ça qu’il n’y a pas deux pièces identiques. »

Pour ses tissus, l’artiste chine partout à Paris. « Ceux que j’utilise pour la déco servent rarement dans la création de vêtements. Je n’ai pas d’attache culturelle à proprement parler, donc je laisse une distance dans ma sélection. C’est comme si t’étais antillaise et qu’on te propose de faire du riz haricot rouge. Si moi je n’étais pas antillaise, qu’on me demandait la même chose, je vais amener autre chose. Et c’est la différence dans mon travail, je crois. »

Avec un CV qui ne cesse de s’allonger, Myriam Maxo sait s’entourer de « pas mal de potes » et garder la tête froide malgré un succès qui donne le tournis. Mos Def, Alicia Keys, Swizz Beatz, Janelle Monáe, Inna Modja, Youssoupha, Ayo, Nneka, Patrice, et les plus emblématiques Beyoncé et récemment Barack Obama, apporté à Chicago par les soins de son amie, militante, essayiste et journaliste Rokhaya Diallo. « J’ai l’impression que c’est aussi une attitude, quand tu fais une photo avec le doudou c’est un peu pour sortir des rangs de la société. J’aime cette douceur avec panache. » À son image.

« Aujourd’hui quand j’y réfléchis, je me demande si c’était possible de faire ce que j’ai fait. Mais fallait pas y songer. Je ne pense pas avoir bouclé la boucle, je ne pense pas avoir réussi, mais je me suis prouvé à moi-même que j’étais capable d’être le capitaine du bateau. »

Quand vient le moment de clôturer, on a la forte impression de dire au revoir à une vieille copine, qu’on retrouvera vite, on l’espère, autour d’un café. Turc, le café.

Photos : João Bolan

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