MOUSSA KEBE, PROFESSION ANGE GARDIEN

Saint-Denis, un mercredi ordinaire, aux alentours de treize heures… Nous empruntons la passerelle qui mène à l’énorme structure de béton qui abrite la Cité du Cinéma. Au bout, Moussa Kebe notre hôte du jour nous attend sagement, les bras croisés comme s’il s’agissait du gardien du temple.  «Je commençais à croire que vous vous étiez perdu», nous lance-t-il.

Ce dédale, il le connaît sur le bout des doigts. Pour cause, c’est l’INEPS la société qu’il a co-fondée il y a maintenant 6 ans qui est en charge de la sécurité de l’édifice. Nous allons vite nous rendre compte que l’entreprenariat, n’est que l’une des nombreuses facettes de ce Blanc-Mesnilois qui a fait de l’engagement sa raison de vivre.

De l’espoir pour les jeunes

Au premier abord, l’histoire paraît ordinaire. Une bande de potes de la Cité Verte en quête de sens, se demande ce qu’elle peut mettre en place pour faire bouger les choses dans son quartier. « Nous avons créé une association baptisée « Espoirs Jeunes ». On a lancé des ateliers sur l’environnement, fait de l’aide aux devoirs et des jeux car nous étions animateurs. Des petites actions dans un premier temps, puis on s’est mis à développer des projets un peu plus importants. Le problème est qu’il fallait de plus en plus de moyens pour les mener à bien. Comme tout le monde nous avons commencé à faire des demandes de subvention dont certaines nous ont été refusées. À ce moment là, nous avons pris conscience des limites de ce système qui imposait un devoir de reconnaissance envers ceux qui t’attribuaient ces aides. »

Ainsi, se pose très vite la question du modèle économique de l’association. Armés de leurs diplômes, petites expériences et de l’expertise qu’ils ont acquise dans leurs formations respectives, ils décident alors de mettre en place des formations payantes. BAFA, BAFD, secourisme les nouvelles activités commencent enfin à générer des revenus réguliers. À tel point, que la petite équipe (dont la plupart des membres arrive au terme de ses études universitaires) souhaite passer à la vitesse supérieure.

 À la fin du master, nous avions besoin de sous. Nous avons donc décidé d’ouvrir une entreprise en parallèle notre activité associative. Nous avons directement misé sur ce que l’on savait déjà faire. À savoir de la prévention incendie, du secourisme et de la mise aux normes environnementales. On était sûrs de nous et de nos compétences, on s’est donc présenté au concours Talent des Cités.

En 2013, à peine crée et baptisée « PrevQSE », la jeune société connaît son premier succès en remportant la compétition.Forte de cette réussite, l’entreprise intègre la Cité du Cinéma crée par Luc Besson et opte alors pour un nouveau nom qui en dit long sur ses ambitions. Elle s’appellera désormais « INEPS » (Institut National d’Expertise en Prévention et Sécurité)  « L’institut, s’il n’est pas national aujourd’hui, le sera demain, on anticipe. En espérant que ça devienne même une école, et que l’on puisse délivrer des diplômes. C’est notre ambition! » – nous explique Moussa.

Au même moment, le jeune Séquano-Dionysien, bac +5 en poche, s’apprête à vivre l’une des expériences d’apprentissage les plus marquantes de sa vie.

En 2012, il part pour Mulhouse afin d’intégrer un prestigieux Mastère qui vient se créer. Une formation aux « risques nucléaires, radiologiques, biologiques, chimiques et explosifs », réservée à l’élite des sapeurs-pompiers français. « C’était une année de ouf! J’ai rencontré beaucoup de gens, des généraux, des hauts-gradés, des officiers reconnus… J’étais au cœur du système français et de son fonctionnement. Nous allions au Ministère de l’intérieur pour nous former aux cellules de crise et là je voyais plein de choses. »

« Servir ou périr »

Il faut savoir que l’histoire d’amour entre Moussa et les sapeurs-pompiers remonte à quelques années déjà… Dès sa sortie lycée, le bac en poche il s’engage alors comme volontaire à la caserne de Garges-Lés-Gonesse. Lorsqu’on l’interroge sur les risques du métier, sa réponse en dit long sur son état d’esprit.

Ce que j’appréhende, c’est ce qui m’attire le plus paradoxalement. C’est étrange, mais les pompiers sont attirés par le feu. Lorsque l’on part pour un incendie, il y a forcément des craintes, mais personne n’y va à reculons. 

Ce sens de l’action voire cette hyperactivité semble être la raison principale des multiples engagements du natif de Villepinte. « Je me rend compte de la chance que j’ai eu dans ma vie. J’ai côtoyé la cité (et j’y suis encore tous les jours), le monde des pompiers ordinaires et celui de l’élite.  Cela m’a permis de développer mes capacités d’adaptation,  ça me sert beaucoup dans mes activités entrepreneuriales et associatives. Cela m’a formé et surtout ouvert un réseau important. Il y a un lien avec eux, il y a un lien avec ma caserne ou avec ma cité dans tout ce que je fais aujourd’hui. »

Au moment où nous nous apprêtons à boucler ce papier, Moussa nous informe qu’il est actuellement en train passer le concours de capitaine des sapeurs-pompiers. Les jeunes de l’association Espoirs Jeunes du Blanc-Mesnil s’envolent le 8 juin prochain pour une opération humanitaire inédite au Sénégal et l’INEPS est sur le point de lancer la nouvelle édition de « Go In Seine-Saint-Denis », un concours destiné à promouvoir les créateurs d’entreprise, en partenariat avec le Conseil Départemental.

 

Photos: Lance Laurence

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